Autour d’un casting mixte (ce qui arrive de plus en plus souvent) de jeunes gens à la beauté très next door, comme à peine apprêtée, et au regard doux, Virgil Abloh suggère une vie urbaine dans laquelle on ne peut pas s’embarrasser d’inconfort ou d’inutile. La souplesse est partout : dans les longs manteaux à grandes poches, dans les pantalons larges ou en descendance du jogging, dans d’immenses pulls en mohair, et jusque dans une délicate robe de soirée noire plissée à porter avec des collants blancs comme neige. A ce moment-là, on se juche sur des talons mais sinon, c’est du plat avale-bitume qui prévaut. Une palette délicate et soignée égaie cette praticabilité : un bleu lavande (pour un pull, le col en fourrure d’un blouson), un bleu cyan (un ensemble hoodie-pantalon), de l’orange (par éclats sur un manteau pied-de-poule, franco pour un sous-pull), un vert amande (un ensemble en denim), des bandes de mauve et de pourpre… A la veille de l’investiture de Trump, ce voyage en délicatesse américaine (quoique conçue à Milan) distillait une belle mélancolie. Voilà qui s’appelle avoir du panache, ce que le défilé (applaudi entre autres par le performer-drag queen-chanteur-rappeur Christeene) attestait : l’homme de Rick Owens est grandiose, statuesque, créature surgie du fond des âges ou du futur qui se fiche pas mal de la doxa, qui superpose ses doudounes en un cocon-armure, qui porte sa salopette XXL ouverte et basculée en avant, des pulls aux manches infinies, les cheveux dans les yeux, la face blanchie comme un acteur de Nô… De la grande geste, théâtrale, humaniste, émouvante. Dans un registre plus classique et opérationnel pour le quidam (de préférence jeune et argenté), Kim Jones fait aussi preuve de souffle, chez Louis Vuitton …

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